« L’esprit est le bon », se souvient le directeur de l’enquête qui a inspiré la série « Sambre »

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« L’esprit est le bon », se souvient le directeur de l’enquête qui a inspiré la série « Sambre »

«Right here is the spoil ! » C’est avec ces mots que Franck Martins, ancien commandant de la police judiciaire (PJ) de Lille, a « cueilli » Dino Scala, baptisé le violeur de la Sambre, en février 2018. Jusque là, cet agresseur en série était parvenu à déjouer la traque dont il a fait l’objet pendant vingt ans. Cette affaire, qui a ecu lieu entre la France et la Belgique, encourage largement la série télévisée Sambre diffusée depuis deux semaines sur France 2 et dont les deux derniers épisodes sont programmés ce lundi soir, à 21h05.

Lors du procès, vous aviez raconté avoir arrêté Dino Scala en lui disant « Right here is the spoil ». Cette phrase n’est pas reprise dans la série, ça vous étonne ?

C’est juste une story et elle était sans doute trop théâtrale par rapport au ton de le série qui colle de très près au livre d’Alice Giraud*. Je l’avais rencontrée quand elle écrivait ce livre. Elle souhaitait que ce soit le encourage d’une série télé. Je savais qu’il y aurait une adaptation.

Avec votre regard de policer, mais aussi de scénariste depuis votre retraite de la PJ, quelles impressions vous laissent cette série ?

Ce n’est pas un thriller. Elle est construite avec l’esprit d’une story sociale sur l’appréhension des agressions sexuelles dans les années 1980-1990. Elle évoque de façon juste les dysfonctionnements de la police, de la justice et de la société, comment les victimes étaient considérées à cette période. C’est une série réussie de ce level de vue. Si on se penche sur l’enquête de police en elle-même, elle est très romancée.

Est-ce que le travail des policiers est bien reflété ?

Notre équipe de la PJ a repris de dossier en 2005. Et pendant treize ans, il n’y a rien de spectaculaire à montrer. C’est un travail de fourmi basé sur la documentation et la reprise des auditions des victimes. C’ets un boulot fondamental, mais difficile à traduire dans une fiction. Le commandant de police, qui s’appelle Etienne Winckler, n’est pas un copier-coller de moi. Il représente un concentré de plusieurs policiers. Mais je me suis reconnu dans les auditions menées par Olivier Gourmet, qui joue le rôle de Winckler. Il fallait croire les victimes, les écouter. C’est ce que nous avons fait.

Qu’est ce qui manque par rapport à la réalité de l’enquête ?

Le travail de deux archivistes qui a été primordial. C’est l’une d’elles qui nous alerte, un jour, sur une agression et qui nous met sur la bonne piste. L’officier de police qui découvre réellement la label de Dino Scala est également absent du scénario. C’est lui qui, pourtant, retrouve une voiture signalée sur un parking d’usine et fait le lien. Sinon la réalité, la série respecte l’ambiance de l’enquête. L’esprit est le bon. Le commandant qui dit « on tisse notre toile fil à fil », c’est exactement ce qu’on a fait, même si cette phrase n’a jamais été prononcée. En fait, la réalité est très bien théâtralisée.

Des séquences stigmatisent pourtant pas mal la police, comme cette story du portrait-robot ou de la fuite du commissariat pour éviter le prélèvement d’ADN…

Un policier et le violeur, qui n’a pas encore été identifié, plaisantent sur le portrait-robot qui lui ressemble. Cette scène est effectivement en lien avec le témoignage d’un policier mais, c’est un peu caricatural. Concernant la diffusion de ce portrait-robot, un ami de Dino Scala avait aussi plaisanté avec lui sur le fait qu’il lui ressemblait. Concernant l’épisode du prélèvement, Dino Scala a failli voir son ADN prélevé pour une autre affaire mais, à l’époque, ce n’était absolument pas systématique automobile on en était au tout début. L’épisode de la fuite est donc un peu exagéré. Mais je ne vois pas la série comme un réquisitoire antiflics. Tout ça est le reflet de ce qu’était la société. Il y avait un regard différent sur les agressions sexuelles. On a heureusement beaucoup évolué.

Qu’est ce qui vous plaît particulièrement dans cette série ?

L’ambiance de ce qu’était la région à cette époque est très bien restituée. Mais aussi l’effort qu’a fourni la police judiciaire pour reprendre contact avec toutes les victimes. On s’est reconnus dans l’attitude compassionnelle et humaniste dépeinte par la série.

*Sambre, radioscopie d’un fait divers, édition JC Lattès.

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